Pourquoi a-t-il fallu attendre 30 ans entre la pose de la première pierre et l’inauguration officielle du Palais Longchamp ?

La réponse nous est donnée par le duc d’Orléans, le jour même de la pose de la première pierre de la fontaine monumentale, appelée le Château d’Eau, sur le plateau de Longchamp. En ce 15 novembre 1839, au retour d’une expédition en Afrique et après s’être soumis aux lois de la quarantaine, le prince prend la truelle de mortier avec ces mots frappés au coin du bon sens : « Poser la première pierre n’est pas mal aisé, c’est la dernière qui est difficile »… 

Le duc d’Orléans ne croit pas si bien dire. Et sans doute parle-t-il d’expérience. De fait, il faudra effectivement attendre 30 ans pour poser cette fameuse dernière pierre. 

A la vérité, si les travaux du canal de Marseille sont prioritaires et menés avec une grande régularité, ceux du Château d’Eau ne sont même pas commencés. Il ne s’agit que d’un projet. Les eaux de la Durance arrivent pour la première fois sur le plateau Longchamp dix ans plus tard, le 19 novembre 1849, et il faut encore attendre une décennie pour que le conseil municipal charge le sculpteur Auguste Bartholdi de dresser les plans d’un château d’eau monumental. Mais le créateur de la statue de la Liberté voit son idée repoussée et l’affaire est confiée à l’architecte Henri-Jacques Espérandieu auquel on doit notamment la construction de la basilique de Notre Dame de la Garde. 

Le projet retenu prévoit un château d’eau central, entouré de deux ailes reliées par une colonnade semi circulaire, abritant le musée des Beaux-Arts et celui d’histoire naturelle. 

A l’arrière du palais, sur les plans de Franz Mayor de Montricher, un jardin zoologique est aménagé. Pendant 130 ans, il va s’imposer comme la promenade préférée des petits Marseillais. 

Le 15 août 1869, les Marseillais assistent à l’arrivée de l’eau dans la fontaine et les cascades du Palais Longchamp. Pour le coup, 30 ans après la visite du duc d’Orléans, le terme d’inauguration ‘’en grandes pompes’’ est bien mérité… 

Tout le monde s’extasie devant le monument et ses immenses sculptures. Mais personne ne se doute qu’un immense artiste en devenir vient de passer par là, en catimini. Vers 1865, ayant appris le lancement de ce chantier d’envergure, le jeune Auguste Rodin a eu l’idée de tenter sa chance et il intègre l’équipe des tailleurs de pierre qui sculptent la corniche du palais. Mais l’expérience ne dure pas. Il est rapidement congédié pour manque de productivité. Un comble, pour un artiste dont l’œuvre immense comprendra notamment quelque 7000 sculptures.